Le Temple de la Littérature: un lieu d’histoire et de savoir au cœur de Hanoï
Le Temple de la Littérature, situé en plein cœur de Hanoï, est bien plus qu’un simple monument historique. Ce site emblématique du Vietnam incarne à la fois la richesse spirituelle et intellectuelle du pays. Fondé en 1070 sous la dynastie des Lý, ce temple est dédié à Confucius et aux lettrés vietnamiens. Il est surtout connu pour avoir abrité la toute première université du Vietnam, l’Académie impériale (Quốc Tử Giám), formant ainsi des générations de mandarins et d’érudits.
Ce lieu, où l’esprit de Confucius semble encore flotter, invite les voyageurs à un véritable voyage dans le temps. Entre architecture traditionnelle vietnamienne, jardins paisibles et stèles de pierre gravées des noms des anciens Docteurs, le Temple de la Littérature offre une immersion unique dans la culture et l’histoire vietnamiennes.
Plongeons-nous dans son histoire et ses symboles !
Table des matières de l'article
Histoire du Temple de la Littérature, le berceau de l’éducation vietnamienne
Le temple a été fondé en 1070 sous la dynastie des Ly, par le roi Ly Thanh Tong, pour honorer Confucius et ses disciples. La dynastie des Ly est l’une des plus longues de l’histoire vietnamienne. Contrairement aux dynasties précédentes, souvent instables, les rois Ly ont eu le temps de se consacrer au développement politique, éducatif et culturel du pays. En 1076, le roi Ly Nhan Tong a fait construire le Quốc Tử Giám derrière le temple, première université du Vietnam, destinée initialement aux enfants royaux.
L’architecture actuelle est le produit de plusieurs restaurations à travers l’histoire (début XIXe siècle sous les Nguyen ; dans les années 1920 par les Français…), mais elle est fidèle à la structure initiale établie sous la dynastie Ly (1070), avec cinq cours alignées selon un axe nord-sud. Cette disposition reflète l’architecture traditionnelle confucéenne, centrée sur la symétrie et la progression spirituelle et intellectuelle.
Dans les jardins du temple de la littérature, Hanoi, Vietnam
Découverte des cinq cours: un voyage à travers le temps
En arrivant à l’entrée principale, vous apercevrez quatre grandes colonnes, dont deux portent l’inscription « Ha Ma » (« descendre du cheval »). Autrefois, tous les visiteurs, y compris les rois et mandarins, devaient descendre de leur monture ici pour marquer leur respect envers les figures sacrées du temple.
Le portail Mieu Mon, avec sa structure de « porte triple », incarne l’architecture traditionnelle vietnamienne. Le Cổng Tam Quan, composé de trois passages, symbolise les Tam Tài (Ciel, Terre, Homme):
- Passage central: réservé aux rois et à leur famille.
- Passage gauche: pour les mandarins lettrés.
- Passage droit: pour les mandarins militaires.
Les quatre grandes colonnes de l’entrée principale du Temple de la Littérature à Hanoi
La première cour: Nhập Đạo (« Initiation morale »)
La 1ère cour ou « Nhap dao » (Initiation morale), s’étend du portail de Van Mieu au portail Dai Trung (Grand Milieu) qui est couvert de toiture de tuiles, avec deux portes latérales à droite Thanh Duc (accomplissement de la Vertu) et à gauche Dat Tai (réalisation du Talent).
Au Vietnam, l’éducation est marquée par la maxime suivante : aller à l’école d’abord pour apprendre à bien se comporter, puis consolider ses connaissances afin de progresser dans sa carrière. Cette approche marque l’entrée dans le chemin confucéen. Se préparer à emprunter cette voie signifie d’abord apprendre les rites et la moralité avant d’acquérir des connaissances.
Le portail Dai Trung (Grand Milieu) qui fait office de passage entre les 2 premières cours du Temple de la Littérature
La deuxième cour: Le Grand Succès (Thành Đạt)
Cette cour symbolise l’aboutissement des efforts éducatifs et l’importance du savoir dans la société vietnamienne. Ici se trouve le Khuê Văn Các, un pavillon érigé en 1805. Ce bâtiment à deux étages et huit toits est orné de fenêtres rondes qui rappellent les rayons du soleil. Son nom fait référence à la constellation Khuê, symbole des lettrés. Aujourd’hui, le Khuê Văn Các est devenu le symbole de la capitale Hanoi.
Sur deux côtés du Pavillon on trouve les portes latérales Bi van (Magnificence des Lettres) et Suc van (Cristallisation des Lettres) dont le nom évoque la beauté de la littérature.
Khuê Văn Các, véritable symbole de Hanoi
La troisième cour: le Puits de la Clarté Céleste
Cette cour est dominée par le puits Thiên Quang Tỉnh, dont le nom signifie « Puits de la Clarté Céleste ». Dans la pensée traditionnelle vietnamienne, héritée du confucianisme, la forme carrée du puits symbolise la terre, tandis que les fenêtres circulaires du pavillon Khuê Văn évoquent le ciel. Cette association illustre l’harmonie entre le ciel et la terre, une idée essentielle dans la philosophie orientale. Elle met également en avant le rôle fondamental de l’éducation confucéenne au Vietnam, considérée comme un moyen d’atteindre la sagesse et l’élévation spirituelle en accord avec les lois de l’univers.
Le « Puits de la Clarté Céleste » dans la 3e cour
Autour de ce puits se trouvent les 82 stèles des Docteurs, reposant sur le dos de tortues, symbole de longévité et de stabilité. Ces stèles gravées retracent les noms des lauréats des concours impériaux organisés entre 1075 et 1919. Au total, il y a eu 185 concours, mais seulement 82 stèles subsistent ici. Car certaines stèles ont été déplacées à Huế lorsque la dynastie Nguyen y a établi sa capitale.
Les stèles des Docteurs et leur reconnaissance mondiale
Les stèles des Docteurs sont parmi les trésors les plus précieux du temple. En 2010, elles ont été inscrites au registre “Mémoire du monde” de l’UNESCO, et en 2011, elles ont été reconnues comme patrimoine documentaire mondial. Ces stèles, gravées en caractères chinois, témoignent de la tradition éducative vietnamienne sous l’influence culturelle chinoise.
Autrefois, les visiteurs, notamment les étudiants avant leurs examens, touchaient la tête des tortues des stèles pour avoir de la chance. Aujourd’hui, cette pratique est interdite pour préserver ces trésors.
Les stèles des Docteurs
Les concours
Le concours régional (Thi Hương) était le premier niveau des concours mandarins sous la dynastie féodale vietnamienne, destiné à sélectionner des érudits talentueux dans les localités. Les lauréats obtenaient un diplôme ouvrant l’accès à des postes officiels et pouvaient se présenter au concours national (Thi Hội) l’année suivante. Le Thi Hương comportait quatre épreuves: explication des textes confucéens, rédaction de documents officiels, composition de poèmes et essai argumentatif.
Le concours national (Thi Hội), organisé tous les trois ans par le ministère des Rites, permettait aux candidats admis de participer au concours impérial (Thi Đình). Ce dernier, le plus prestigieux, se tenait au palais impérial sous la présidence du roi, qui en rédigeait lui-même les sujets. Les lauréats du Thi Đình accédaient directement à des fonctions au sein de l’administration impériale.
La quatrième cour: La Grande Maison de Cérémonie (Bái Đường)
De chaque côté de la porte Đại Thành se trouvent les petites portes Kim Thanh (« son de l’or ») et Ngọc Chấn (« son de la jade »), ajoutant une touche poétique à l’ensemble.
En franchissant la porte de la Grande Synthèse, vous accéderez à la cour principale où se dressent les bâtiments dédiés aux cérémonies et aux cultes. Le temple de Confucius (Văn Miếu) s’impose au centre avec un autel richement décoré, entouré des bâtiments Ta Vu (Gauche) et Huu Vu (Droit) en l’honneur des 72 disciples éminents de Confucius et de Chu Van An.
Au cœur de cette cour, la Grande Maison des Cérémonies (Đại Bái Đường) et la Salle de la Grande Synthèse (Đại Thành Điện) constituent l’espace le plus sacré. C’est ici que les visiteurs, notamment en période d’examens, viennent déposer leurs offrandes et adresser leurs vœux de réussite, perpétuant ainsi les idéaux confucéens.
La quatrième cour du Temple de la Littérature
Lors du Têt, la tradition du « xin chữ » (demande de calligraphie) devient incontournable au Vietnam. De nombreuses personnes se rendent au Temple de la Littérature (Văn Miếu) pour solliciter des calligraphes des caractères porteurs de sens tels que « Phúc » (bonheur), « Lộc » (prospérité) ou « Trí » (sagesse).
Ce rituel ne se limite pas à un simple souhait de chance pour la nouvelle année ; il reflète également le profond respect des Vietnamiens pour les valeurs culturelles et morales transmises par les générations précédentes. En honorant la beauté de l’écriture et la sagesse des anciens, cette pratique contribue à préserver l’identité culturelle et à inspirer les jeunes à cultiver les vertus humanistes au quotidien.
Calligraphe, temple de la Littérature
La cinquième cour: hommage à Chu Văn An
Cette cour abritait autrefois le Quốc Tử Giám, où les enfants royaux étaient formés. Les enfants issus de familles civiles devaient passer des concours de sélection rigoureux pour étudier ici. Les étudiants étaient admis entre 8 et 15 ans, et les programmes étaient centrés sur les principes confucéens.
Cette partie rend hommage à Chu Văn An, considéré comme le « professeur des professeurs ». Connu pour son intégrité et son courage, il a formé de nombreux talents, y compris des rois. Vers la fin de la dynastie des Trần, il a quitté la cour pour protester contre la corruption des mandarins, marquant ainsi son attachement aux valeurs éthiques.
Autel dédié à Chu Văn An
Conseils pratiques pour préparer votre visite
- Horaires d’ouverture: 8h00 – 17h00
- Tarif d’entrée: 70 000 VND
- Meilleure période pour visiter: en semaine pour éviter la foule, au printemps pour profiter des jardins fleuris.
- Comment s’y rendre: en taxi, en cyclo-pousse ou à pied depuis le vieux quartier.
Le Temple de la Littérature est ainsi bien plus qu’un site touristique. Il est un symbole intemporel des valeurs éducatives et culturelles du Vietnam. À travers ses cours, ses stèles et son histoire, il témoigne de l’importance accordée à l’éducation dans la société vietnamienne depuis des siècles.
Sorry, the comment form is closed at this time.