Anh, chị, em, bác, bà : au Vietnam, la façon dont on appelle quelqu’un dit déjà tout d’une relation. Voici comment nous apprenons, sur le terrain, à trouver le bon mot.
Demander l’âge de quelqu’un au Vietnam n’a rien d’impoli. C’est même souvent indispensable pour savoir comment s’adresser à son interlocuteur sans commettre d’impair. À lui seul, ce réflexe résume l’esprit de la langue vietnamienne : ici, on ne s’adresse jamais à un simple inconnu. On replace d’abord la personne dans une immense famille symbolique, afin de lui donner naturellement la place qui lui revient dans la conversation.
Pourquoi les Vietnamiens ne disent-ils jamais simplement « je » et « tu » ?
Le vietnamien remplace « je » et « tu » par des termes de parenté qui expriment l’âge et le respect entre les interlocuteurs.
Contrairement au français, le vietnamien ne possède pas de pronoms personnels neutres et systématiques. À la place, les locuteurs empruntent le vocabulaire de la famille : grand frère, petite sœur, oncle, tante, grand-père. Un même mot peut ainsi désigner « je », « tu » ou « il » selon la position de la phrase, puisque son sens dépend entièrement de la relation entre les deux personnes qui parlent.
Cette logique reflète une idée profondément ancrée dans la société vietnamienne : la nation elle-même se pense comme une grande famille, où chaque inconnu croisé dans la rue trouve immédiatement une place, un rang, un âge relatif. C’est ce que nos voyageurs ressentent souvent dès les premiers jours : une forme de proximité immédiate, même avec des personnes qu’ils viennent tout juste de rencontrer.
Le mot neutre tôi existe bien pour dire « je », mais il sonne froid et administratif. On l’utilise face à un fonctionnaire ou dans un contexte très formel, jamais en famille ni entre amis, où il paraîtrait distant.
Comment choisir le bon pronom selon l’âge et le sexe de votre interlocuteur ?
Le choix du pronom dépend d’abord de l’âge estimé de la personne, puis de son sexe et de votre proximité.
En pratique, un Vietnamien évalue instantanément trois critères avant de choisir son mot : son sexe, l’âge approximatif de la personne en face, et la nature du lien qui les unit (famille, collègue, inconnu, ami).
Quel mot utiliser avec quelqu’un de votre âge ou légèrement plus âgé ?
Entre adultes qui se rencontrent pour la première fois, on utilise anh (grand frère) pour un homme et chị (grande sœur) pour une femme, dès qu’ils semblent avoir votre âge ou un peu plus. La personne plus jeune se désigne alors elle-même par em. Entre pairs proches et dans un cadre décontracté, bạn (l’ami) est également très naturel.
Quel mot utiliser avec quelqu’un nettement plus âgé ou plus jeune ?
Passé un certain écart d’âge, le vocabulaire bascule vers les générations : chú et cô pour les personnes de l’âge de vos parents, bác pour un aîné de cette même génération, puis ông et bà pour la génération des grands-parents. Face à un enfant ou un très jeune adulte, em ou cháu (petit-fils, petite-fille) conviennent selon le contexte.
| Pronom | Sens littéral | À utiliser pour |
|---|---|---|
| Em | Petit frère / petite sœur | Toute personne clairement plus jeune que vous |
| Anh | Grand frère | Homme de votre âge ou un peu plus âgé |
| Chị | Grande sœur | Femme de votre âge ou un peu plus âgée |
| Chú | Oncle (frère cadet du père) | Homme de l’âge de vos parents, plutôt jeune |
| Cô | Tante (jeune) | Femme de l’âge de vos parents, plutôt jeune |
| Bác | Aîné de la fratrie des parents | Homme ou femme, aîné de la génération des parents |
| Ông | Grand-père | Homme de la génération des grands-parents |
| Bà | Grand-mère | Femme de la génération des grands-parents |
| Cháu | Petit-fils / petite-fille | Un enfant qui parle à un adulte, ou l’inverse |
Comment appelle-t-on les membres de sa belle-famille et ses proches ?
En famille, chaque pronom précise le lien exact : aîné, cadet, oncle paternel ou maternel, jamais un terme générique.
Dans le cercle familial, la précision va encore plus loin qu’avec les inconnus. On ne dit pas simplement « oncle », mais on distingue le frère du père (bác ou chú selon qu’il est plus âgé ou plus jeune que lui) du frère de la mère (cậu), ou la sœur du père (cô) de la sœur de la mère (dì). Une fois marié, on adopte généralement les mêmes mots que son conjoint pour s’adresser à sa belle-famille : le beau-père devient bố ou ba, exactement comme un père par le sang, avec quelques variantes selon les régions du pays.
C’est une dimension que nous voyons prendre tout son sens lors des nuits passées en famille d’accueil, un moment que nous intégrons souvent dans nos circuits sur mesure au Vietnam : en une soirée, un voyageur se retrouve affublé d’un prénom de parenté par ses hôtes, et cette adoption, même symbolique, change complètement la tonalité de l’échange.
- Frère aîné du père, plus âgé que lui : bác
- Frère cadet du père : chú
- Frère de la mère : cậu
- Sœur du père : cô
- Sœur de la mère : dì
- Épouse du frère cadet du père : thím

Que se passe-t-il si on utilise le mauvais pronom ?
Se tromper de pronom n’est jamais dramatique : les Vietnamiens corrigent avec le sourire, sans se vexer réellement.
Appeler « em » une personne clairement plus âgée que vous, ou « bà » une jeune femme dans la trentaine, provoque le plus souvent un petit rire gêné plutôt qu’une réelle offense. Nos guides le rappellent souvent aux voyageurs : personne n’attend d’un étranger qu’il maîtrise ce système du premier coup. En revanche, la question de l’âge revient si souvent en début de conversation précisément pour éviter ce genre de malentendu, et non par indiscrétion.
Ce qui compte davantage, c’est l’intention : essayer d’utiliser le bon mot, même imparfaitement, est perçu comme une marque de respect et d’effort, souvent accueillie avec beaucoup de chaleur par les Vietnamiens eux-mêmes.
Comment un voyageur étranger doit-il s’adresser aux Vietnamiens au quotidien ?
En voyage, utilisez em, anh, chị ou bà selon l’âge perçu, et laissez vos hôtes vietnamiens vous guider gentiment.
Vous n’avez pas besoin de maîtriser tout le système avant de partir. Quelques réflexes suffisent pour la majorité des situations de voyage :
- Au marché ou au restaurant, avec un serveur ou une vendeuse plus jeune : em.
- Avec votre guide ou chauffeur du même âge ou un peu plus âgé : anh ou chị, selon son sexe.
- Avec une personne clairement plus âgée, croisée dans la rue : cô ou chú pour un âge de parent, ông ou bà pour un âge de grand-parent.
- Dans un contexte très formel (banque, administration) : tôi reste acceptable.
Beaucoup de nos voyageurs finissent par retenir un mot en particulier, souvent celui qu’un guide, un chauffeur ou un hôte leur a appris à leur sujet en riant. C’est souvent ce détail, plus qu’un monument ou un plat, qu’ils racontent en premier à leur retour.
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